A summer job that becomes much more than expected
Marine a vingt et un ans et elle veut voyager en Amérique du Sud pendant trois mois. Pour économiser l'argent, elle cherche un job d'été. Elle trouve une annonce dans la vitrine du Café de la Paix, un petit café de quartier à Lyon. Elle appelle le lendemain matin. Le patron, M. Kowalski, lui donne rendez-vous le jour même. Il est polonais, grand, avec une moustache grise. Il lui pose deux questions : « Vous avez déjà servi ? » et « Vous pouvez commencer lundi ? »
Marine is twenty-one and she wants to travel in South America for three months. To save money, she looks for a summer job. She finds an advert in the window of the Café de la Paix, a small neighbourhood café in Lyon. She calls the next morning. The owner, M. Kowalski, gives her an appointment the same day. He is Polish, tall, with a grey moustache. He asks her two questions: 'Have you served before?' and 'Can you start Monday?'
Le premier jour, Marine fait tomber un plateau avec trois cafés. Le plateau tombe, les tasses se cassent, le café coule sur le sol. Tout le monde dans le café se retourne. Marine reste immobile, rouge comme une tomate. M. Kowalski arrive avec une serpillière. Il nettoie sans rien dire. Puis il regarde Marine : « Ça arrive. La prochaine fois, moins de tasses par plateau. » Il repart derrière le comptoir. Marine ramasse les morceaux de porcelaine et recommence.
On the first day, Marine drops a tray with three coffees. The tray falls, the cups break, the coffee runs across the floor. Everyone in the café turns around. Marine stands still, red as a tomato. M. Kowalski arrives with a mop. He cleans up without saying anything. Then he looks at Marine: 'It happens. Next time, fewer cups per tray.' He goes back behind the counter. Marine picks up the pieces of porcelain and starts again.
En deux semaines, Marine devient meilleure. Elle apprend à porter un plateau chargé sans rien renverser, à prendre les commandes sans les écrire, à reconnaître les clients réguliers. Le café est animé le matin — des gens pressés qui prennent un express debout au comptoir — puis calme l'après-midi, avec des retraités qui lisent le journal. Marine commence à aimer ces deux rythmes différents.
In two weeks, Marine gets better. She learns to carry a full tray without spilling anything, to take orders without writing them down, to recognise the regular customers. The café is busy in the morning — people in a hurry who have an espresso standing at the counter — then calm in the afternoon, with retired people reading the newspaper. Marine starts to love these two different rhythms.
Il y a un client particulier. Un vieil homme qui s'appelle M. Lefranc. Il arrive tous les matins à neuf heures, s'assied à la même petite table près de la fenêtre, et commande toujours la même chose : un café crème et un croissant. Il lit son journal pendant une heure, puis repart. Il laisse un pourboire exact — toujours cinquante centimes. Il ne parle à personne. Marine remarque qu'il a toujours l'air un peu triste.
There is one particular customer. An old man called M. Lefranc. He comes every morning at nine o'clock, sits at the same small table near the window, and always orders the same thing: a café crème and a croissant. He reads his newspaper for an hour, then leaves. He leaves an exact tip — always fifty centimes. He doesn't talk to anyone. Marine notices that he always looks a little sad.
Un mardi pluvieux de juillet, M. Lefranc arrive à neuf heures comme d'habitude. Mais il ne sort pas son journal. Il reste assis, les mains autour de sa tasse, et regarde par la fenêtre. Marine lui apporte son croissant. Il ne le mange pas. Elle hésite, puis s'assied en face de lui pour quelques minutes — le café est presque vide. « Ça va, Monsieur Lefranc ? » demande-t-elle doucement. Il la regarde. « Pas vraiment, mademoiselle. Pas aujourd'hui. »
On a rainy Tuesday in July, M. Lefranc arrives at nine o'clock as usual. But he doesn't take out his newspaper. He stays sitting, hands around his cup, and looks out of the window. Marine brings him his croissant. He doesn't eat it. She hesitates, then sits down opposite him for a few minutes — the café is almost empty. 'Are you all right, M. Lefranc?' she asks softly. He looks at her. 'Not really, miss. Not today.'
M. Lefranc explique. Sa femme, Paulette, est décédée il y a six mois. Ce café, c'est là qu'ils venaient tous les matins ensemble depuis trente ans. Toujours la même table, toujours le même café crème et croissant — elle prenait un chocolat chaud. Maintenant il continue à venir, parce que c'est la seule chose qui ressemble encore à avant. Marine l'écoute sans interrompre. Quand il a fini, elle ne dit pas grand-chose. Elle dit : « Votre café crème est encore chaud. »
M. Lefranc explains. His wife, Paulette, passed away six months ago. This café is where they used to come every morning together for thirty years. Always the same table, always the same café crème and croissant — she had a hot chocolate. Now he keeps coming, because it is the only thing that still feels like before. Marine listens without interrupting. When he has finished, she doesn't say much. She says: 'Your café crème is still hot.'
À partir de ce mardi, quelque chose change. Marine garde toujours la table de M. Lefranc libre jusqu'à neuf heures et quart — même si d'autres clients la veulent. Quand il arrive, elle lui apporte son café avant qu'il le commande. Parfois ils parlent quelques minutes, parfois non. M. Lefranc commence à sourire un peu plus en arrivant. Un jour il dit : « Vous me rappelez ma petite-fille. Elle habite à Toulouse. »
From that Tuesday onwards, something changes. Marine always keeps M. Lefranc's table free until quarter past nine — even if other customers want it. When he arrives, she brings him his coffee before he orders it. Sometimes they talk for a few minutes, sometimes not. M. Lefranc starts to smile a little more when he arrives. One day he says: 'You remind me of my granddaughter. She lives in Toulouse.'
Fin août, Marine annonce à M. Kowalski qu'elle part dans deux semaines. Il hoche la tête. « Vous avez fait du bon travail. » C'est beaucoup, venant de lui. Le lendemain, Marine informe M. Lefranc. Il reste silencieux un moment. « Où allez-vous ? » demande-t-il. « En Amérique du Sud, » dit Marine. « Colombie, Pérou, Bolivie. » M. Lefranc hoche la tête lentement. « Paulette avait toujours voulu aller en Argentine. Mais on n'y est jamais allés. »
At the end of August, Marine tells M. Kowalski she's leaving in two weeks. He nods. 'You did good work.' That is a lot, coming from him. The next day, Marine tells M. Lefranc. He stays silent for a moment. 'Where are you going?' he asks. 'South America,' says Marine. 'Colombia, Peru, Bolivia.' M. Lefranc nods slowly. 'Paulette had always wanted to go to Argentina. But we never went.'
Le dernier jour de Marine au café, M. Lefranc arrive à neuf heures avec une enveloppe. Il la pose sur la table. « Pour votre voyage. » Marine ouvre l'enveloppe : il y a une carte et un billet de cinquante euros plié. Marine veut refuser. M. Lefranc lève la main. « C'est pour Paulette. Elle aurait voulu que quelqu'un parte à sa place. » Marine range l'enveloppe dans sa poche et dit merci. Elle embrasse M. Lefranc sur la joue — la première fois.
On Marine's last day at the café, M. Lefranc arrives at nine o'clock with an envelope. He places it on the table. 'For your journey.' Marine opens the envelope: there is a card and a folded fifty-euro note. Marine wants to refuse. M. Lefranc raises his hand. 'It's for Paulette. She would have wanted someone to go in her place.' Marine puts the envelope in her pocket and says thank you. She kisses M. Lefranc on the cheek — the first time.
Dans l'avion pour Bogotá, Marine ouvre la carte de M. Lefranc. Il a écrit à l'intérieur, en petites lettres soignées : « Revenez me raconter vos aventures. La table près de la fenêtre sera libre. — R. Lefranc. » Marine regarde par le hublot. En dessous, les lumières de Lyon disparaissent dans les nuages. Elle sourit et referme la carte. Elle a déjà décidé : elle passera au café le premier matin après son retour.
On the plane to Bogotá, Marine opens M. Lefranc's card. He has written inside, in small neat letters: 'Come back and tell me about your adventures. The table near the window will be free. — R. Lefranc.' Marine looks out of the porthole. Below, the lights of Lyon disappear into the clouds. She smiles and closes the card. She has already decided: she will stop by the café on the first morning after she returns.